Les atouts du port de Rotterdam
Bien plus que dans leur organisation technique et cornrnerciale, le secret de la compétitivité des ports du Benelux réside d’abord dans leur gigantisme. En effet, la logique du secteur des transports favorise les effets de masse.
La capacité annuelle de manutention du port de Rotterdam est
actuellement de 4,5 millions de conteneurs et devrait doubler d’ici au début du
siècle prochain. Les terminaux à conteneurs les plus récents, complètement
automatisés, permettent de charger les « boîtes » à bord des navires
sur 18 largeurs, tandis que des trains routiers de cinq remorques font la
navette entre les portiques et les parcs. Le terminal charbonnier et minéralier
du port de Rotterdam a une capacité de déchargement de 140.000 tonnes par jour,
les godets de ses portiques pouvant engloutir en une fois 85 tonnes. Les
navires reçus par ces installations sont à la mesure de leur gigantisme. Les
méga porte- conteneurs peuvent charger jusqu’à 6.000 conteneurs EVP (équivalent
vingt pieds) et les vraquiers peuvent atteindre 350.000 tonnes de port en
lourd. Cet effet de taille permet de réduire considérablement le coût unitaire
du traitement de la marchandise. Ainsi, une étude du port de Rotterdam a établi
que le compte d’escale d’un porte-conteneurs s’élève en moyenne à 60.359
florins à Rotterdam, 53.330 à Anvers et 52.032 florins seulement au Havre. Le
plus faible compte d’escale est donc celui du Havre, mais c’est aussi dans ce
port que le diviseur, c’est-à-dire le nombre de conteneurs manutentionnés au
cours d’une escale, est le plus bas.
A ces économies d’échelle d’ordre technique, s’ajoute un
effet de masse de nature commerciale. Le volume et la variété des marchandises
traitées dans des ports tels qu’Anvers ou Rotterdam garantissent à tout
armateur qu’il pourra y compléter une cargaison. Cet effet de masse joue
également pour la desserte terrestre: tous les camions ou les trains qui
viennent apporter des marchandises dans ces ports sont assurés de ne pas en
repartir à vide. L’économie des transports repose sur la recherche de ce qu’il
est convenu d’appeler la « massification des flux ». Cette
logique ne peut que jouer en faveur des ports qui se trouvent déjà en situation
dominante. L’attrait des économies d’échelle pour les utilisateurs est tel que
les ports du Benelux peuvent se permettre de pratiquer des tarifs par navire
relativement élevés. Les ports français sont comparativement moins chers, pour
une même escale, que leurs voisins du Nord.
Toutefois, compte tenu de la taille supérieure des navires,
les frais d’escale ramenés à la tonne de marchandise restent inférieurs dans
les ports du Benelux.
De même, la demande des entreprises pour s’installer dans les
zones industrielles des ports du Benelux est si forte que ceux-ci peuvent pratiquer
des tarifs élevés pour la location des terrains. Une récente étude comparative
des recettes domaniales portuaires par mètre carré loué montre que, si Le Havre
est pris comme base 100, ces recettes s’élèvent à 131 à Anvers et atteignent
205 à Rotterdam.
L’effet de masse permet aux ports du Benelux d’avoir un
équilibre entre investissement public et investissement privé bien différent de
celui des ports français. Ces ports dépendent des municipalités, le port de
Rotterdam étant une simple régie municipale, tandis que celui d’Anvers a acquis
depuis le début de 1997 son autonomie financière. Ils autofinancent la
construction et l’entretien des voies d’accès, des écluses, des bassins et des
quais, grâce à leurs revenus provenant des taxes portuaires et d’occupation des
quais, ainsi que de la location des sites et entrepôts industriels. Les ports
du Benelux ne s’occupent que des infrastructures, qui sont ensuite confiées à
des concessionnaires privés chargés de l’équipement et de l’exploitation des
quais, ainsi que de la gestion des entrepôts. La durée des concessions, de
nature emphytéotique (99 ans) laisse largement le temps aux investisseurs
privés d’amortir leurs investissements. Les gestionnaires des ports du Benelux
estiment ainsi que pour 1 euro d’investissement de leur part, la mise des
investisseurs privés est de 5 à 6 euros.
Quels sont les
atouts du Port de Rotterdam d’après ce texte ? (§ organisé de
10 l. environ)
